Les plantes médicinales peuvent sembler inoffensives en raison de leur origine naturelle, mais certaines contiennent des substances capables de modifier les effets des médicaments. C’est notamment le cas du millepertuis, une plante que l’on peut trouver en vente même dans les supermarchés, où son achat ne s’accompagne pas toujours de conseils d’un professionnel de santé.
Bien qu’il puisse être utile dans certaines situations, son utilisation nécessite des précautions importantes, notamment lorsqu’il est associé à d’autres traitements. Voyons pourquoi.
Qu’est-ce que le millepertuis ?
Le millepertuis perforé (Hypericum perforatum), également appelé herbe de la Saint-Jean, est une plante médicinale connue depuis des siècles, qui pousse spontanément dans les champs et les terrains non cultivés.
Son nom latin, perforatum, fait référence aux petits points translucides présents sur ses feuilles, qui ressemblent à des perforations, mais correspondent en réalité à des glandes contenant de l’huile essentielle.
La partie de la plante utilisée à des fins médicinales est principalement constituée de ses sommités fleuries, c’est-à-dire les parties supérieures de la plante comprenant les fleurs et les feuilles.
Comment agit le millepertuis ?
Le millepertuis agit de manière similaire à certains antidépresseurs. Il inhibe notamment la recapture de la sérotonine, de la noradrénaline et de la dopamine. Cela signifie qu’il limite la réabsorption de ces substances par les cellules nerveuses après leur libération, augmentant ainsi leur disponibilité dans le cerveau. Ces neurotransmetteurs interviennent dans différentes fonctions du système nerveux, notamment dans la régulation de l’humeur. C’est pourquoi certaines préparations de millepertuis sont utilisées par voie orale pour traiter certains troubles dépressifs. [1]
Pourquoi faut-il prendre des précautions avec le millepertuis ?
Même lorsqu’il est pris seul, le millepertuis doit être utilisé en respectant les doses et la fréquence d’administration recommandées, comme tout autre médicament ou plante médicinale. De plus, lorsqu’il est associé à d’autres médicaments, il peut provoquer des interactions susceptibles de modifier leurs effets. Cela s’explique par plusieurs mécanismes :
Le millepertuis augmente l’activité de la glycoprotéine P (P-gp), une protéine présente notamment dans les cellules de l’intestin. Lorsque certains médicaments pénètrent dans ces cellules pour être absorbés, la P-gp peut les expulser à nouveau vers la lumière intestinale, réduisant ainsi la quantité qui atteint finalement la circulation sanguine. En augmentant l’activité de cette protéine, le millepertuis peut diminuer l’absorption de certains médicaments et, par conséquent, réduire leur efficacité. [1]

Figure 1. Effet du millepertuis sur la glycoprotéine P intestinale. Image générée par IA.
Le millepertuis augmente également l’activité de certaines protéines de la famille du cytochrome P450, principalement présentes dans le foie et chargées de transformer de nombreux médicaments afin de faciliter leur élimination. Lorsque l’activité de ces protéines augmente, certains médicaments peuvent être éliminés plus rapidement, ce qui diminue leur concentration dans le sang et, par conséquent, leur effet. [1]
Ces interactions doivent également être prises en compte lors de l’arrêt du millepertuis. Pendant son utilisation, le millepertuis peut réduire la concentration plasmatique de certains médicaments. Après son arrêt, cet effet diminue progressivement et la concentration de ces médicaments peut à nouveau augmenter, entraînant un risque d’effets indésirables. Par conséquent, lorsqu’un autre traitement est en cours, il est important de consulter un professionnel de santé avant de commencer ou d’arrêter la prise de millepertuis. [2]
Le tableau suivant présente quelques exemples de médicaments concernés et les conséquences possibles de leur association avec le millepertuis.
| Médicament ou groupe de médicaments | Conséquence possible de l’interaction avec le millepertuis |
|---|---|
| Digoxine (utilisée dans certaines maladies cardiaques) | Troubles du rythme cardiaque ou aggravation de l’insuffisance cardiaque. |
| Ciclosporine (immunosuppresseur) | Risque de rejet de greffe. |
| Théophylline (utilisée dans certaines maladies respiratoires) | Perte de contrôle de l’asthme ou autres problèmes respiratoires. |
| Certains anticoagulants oraux | Diminution de l’effet anticoagulant et augmentation du risque de formation de caillots sanguins. |
| Contraceptifs hormonaux | Diminution de l’efficacité contraceptive et risque de grossesse non désirée. |
Millepertuis et antidépresseurs
Le millepertuis ne doit pas être associé à certains médicaments antidépresseurs, notamment ceux qui augmentent l’activité de la sérotonine, comme la fluoxétine ou l’escitalopram.
Cette association peut entraîner une activité excessive de la sérotonine et provoquer un syndrome sérotoninergique, une réaction potentiellement grave pouvant se manifester par une agitation, des tremblements, une transpiration excessive et de la fièvre. [1]
Millepertuis et photosensibilité
Le millepertuis contient de l’hypéricine, une substance qui peut augmenter la sensibilité de la peau à la lumière solaire. Il est donc recommandé d’éviter toute exposition intense au soleil ou à d’autres sources de rayonnement ultraviolet, notamment les cabines de bronzage, pendant son utilisation. [1]
Conclusion
Bien que le millepertuis soit une plante médicinale, son utilisation n’est pas sans risque. Avant d’en prendre, notamment lorsqu’un autre traitement médicamenteux est en cours, il est important de consulter un médecin ou un pharmacien afin d’éviter d’éventuelles interactions.
Références
[1] Agence européenne des médicaments (EMA). European Union herbal monograph on Hypericum perforatum L., herba. Révision 1, 2022. Consulter le document.
[2] Base de données publique des médicaments (France). Résumé des caractéristiques du produit — Interactions avec le millepertuis, rubrique 4.5. Consulter la fiche officielle.
